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Articles parus dans la presse écrite :

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Précieuses terres de Provence
 
Protéger les terres agricoles, enjeu vital pour la Provence - Zibeline

L’urbanisation progresse partout en France, autour de grandes agglomérations, qu’il faudra bien nourrir. En Provence, où le foncier est convoité encore plus qu’ailleurs par les promoteurs, protéger les terres agricoles de manière efficace et promouvoir les circuits courts est essentiel, pour préparer un avenir vivable.

Le 29 septembre dernier, la Communauté du Pays d’Aix organisait une Tablée Ronde à la Chambre d’Agriculture d’Aix-en-Provence, intitulée Quel avenir pour l’agriculture péri-urbaine en Provence ? Le constat de départ est sévère, comme le soulignait Christian Burle, délégué à l’Agriculture de la CPA : «Le prix de la terre a augmenté fortement, et n’est pas du tout en adéquation avec l’économie paysanne : or, il faut pouvoir vivre de son activité !» Les chefs d’exploitations vieillissent et peinent à trouver des repreneurs, il n’y pas assez de production locale pour fournir les marchés, et de nombreuses communes acceptent ou favorisent la réduction des surfaces cultivées. Sur le territoire de la CPA, entre 2000 et 2010, l’agriculture communautaire a perdu un quart de ses emplois…

Outils mal adaptés

Pourtant, des outils existent : les Zones Agricoles Protégées, créées en 1999, les SCOT (Schémas de Cohérence Territoriale), les PAEN (Périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains), avec possibilité de préemption des terres par les collectivités, mais cette forêt de sigles dissimule souvent des procédures lourdes et mal adaptées. Les Maires, accusés de vouloir garder la main sur leur PLU (Plan Local d’Urbanisme) s’en plaignent, même si certains réussissent à mener une politique volontariste, comme Monique Salomon à Bouc-Bel-Air : «Chez nous aussi on a des logements sociaux à construire, des paysans qui veulent rendre leur parcelle habitable… mais on a tenu bon, et on cherche des agriculteurs, donc je lance un appel !»

Initiatives à encourager

La CPA a reçu l’aide de l’Europe pour le développement d’une politique alimentaire locale : les Halles de producteurs Terres de Provence sont nées en 2010 à Plan de Campagne, à Pertuis en 2013. Elle tente de relancer la culture de l’amandier (la majorité des amandes consommées en Provence provient d’ailleurs, parfois d’aussi loin que la Californie !), ou la valorisation par le tourisme : le sentier vigneron de Trets a été inauguré en 2012, après ceux de Puyloubier et Rognes. Le développement d’un marché local en circuit court passe par la restauration du lien entre urbains et environnement : six fermes pédagogiques existent sur la CPA. On ne compte plus le nombre d’AMAP, tandis que celui des épiceries paysannes de quartier ne cesse d’augmenter ; car la clientèle est là, stimulant une dynamique de conversion vers l’agriculture biologique en phase d’accélération. Sans parler des bénéfices sur la santé et environnementaux, on gagne à consommer local et bio une énorme différence en terme de qualité gustative, par rapport aux produits issus de l’agriculture intensive. Et ce n’est pas réservé à un public aisé, contrairement à ce que semble encore croire Jean-Marc Bertrand de la Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône. De plus en plus de gens font ce choix, même les étudiants dont le budget est pourtant très serré, avec des paniers distribués en milieu universitaire.

Favoriser l’installation ou la reprise d’activités agricoles

Certains vont plus loin, avec la foncière Terres de lien, par exemple, qui propose aux citoyens de lutter concrètement contre l’effritement agricole en devenant actionnaire solidaire, pour permettre à de jeunes paysans de s’installer. En PACA, sept entreprises ont à ce jour été soutenues : arboriculture, maraîchage, élevage, apiculture… Christian Burle le martèle : «La Provence était le jardin de la France, il faudrait le redevenir» ! Et c’est possible, en misant par exemple sur de toutes petites surfaces agricoles. Jean-Martin Fortier était venu témoigner de son activité de maraîcher bio sur moins d’un hectare au Québec, grand succès malgré des conditions météo peu favorables, avec il est vrai un coût de main d’oeuvre moindre. Se développent des couveuses, pour permettre aux jeunes agriculteurs de se lancer en conditions réelles, tout un réseau de formation allant de la permaculture aux techniques de greffe, en passant par les vertus des plantes médicinales. Alaric Stephan, coordinateur de l’espace-test Terreau Paysan en témoigne : il reçoit beaucoup de projets néo-ruraux, avec un retour du collectif, une forte dimension pédagogique, mais constate la carence des dispositifs classiques d’accompagnement…

Il faudrait bien évidemment que toutes ces innovations soient soutenues. En tous cas, si l’on en juge par le public de la Tablée Ronde -beaucoup de jeunes et de femmes-, la relève est là ! Comme on l’a entendu à Aix, considérant que l’artificialisation des terres est définitive, avec le réchauffement climatique, il va falloir à la nouvelle Métropole des gens convaincus que l’agriculture est essentielle, et qui soient insensibles aux pressions… Dans la société civile, il y a une réelle prise de conscience des enjeux, et une attente forte que les institutions passent à la vitesse supérieure.

GAËLLE CLOAREC
Octobre 2015

Ecouter ici l’interview de Jean-Christophe Robert, coordinateur de Filière Paysanne, sur les enjeux des circuits courts et la préservation des terres agricoles.

http://www.agglo-paysdaix.fr/
www.terredeliens.org
http://developpement-durable.univ-amu.fr/vie-pratique/amap
http://www.agriculturepaysanne.org/presentation-des-espaces-test

Gaëlle Cloarec
La provence : 100 métiers qui recrutent en Provence :
Lettre de l'Université de la Méditerranée :
Gaëlle Cloarec, journaliste pigiste sur Marseille